No Martyr / San Francisco Punk Posters 1976-1981

NO MARTYR

SAN FRANCISCO PUNK POSTERS 1976-1981

Claude Santiago’s estate

Les rêves de tout collectionneur et chineur sont faits de ce genre d’histoire. Tant d’heures  à chercher, à tenter de comprendre, à vouloir se jouer du temps qui efface les objets et les mots, les hommes surtout. Redonner du sens à des pans oubliés, ou presque, d’un instant, d’un mouvement, d’un artiste ou d’un artisan. L’histoire ne conserve que les têtes d’affiches, mais quand est il de l’histoire des maudits, des marginaux, des utopistes ?

Avant toute chose, pour qu’il y est découverte il faut qu’il y est eu quelque part, quelqu’un.

Claude Santiago est de ceux qui toute leur vie ont été animé par l’envie de faire, d’accompagner et de documenter les choses. Quand la déflagration du mois de Mai 68 a lieu il a 19 ans. Il participe à une des principales émanations politique de cette époque les cahiers de Mai, laboratoire d’une révolution tant espérée et que l’on croit si proche. Cette révolution qui l’emmènera  s’entraîner militairement au côté du FPLP… Temps si proche et si lointain. Alors que le reflux idéologique s’opère Claude ne se replie pas sur le sectarisme idéologique, c’est au Canada qu’il poursuit sa quête de liberté puis à San-Francisco dès 1975.

San-Francisco qui est depuis dix ans le coeur occidental de cette remise en question des modèles de société de consommation et de culte du veau d’or. La ville a vu les premières envolées Hippy mené par les Diggers, les déjà vieux beatniks et autres freaks comme le veut le mot de l’époque. Dès 1967 tout ce que l’Amérique compte de personnes en rupture de ban converge vers cet épicentre de la liberté en recherche, objecteurs de conscience face à la sale guerre du Vietnam, futurs Black Panthers, partisans des droits civiques, drogués, militants révolutionnaires, simples paumés… Il fait bon être clochard dans la baie.

C’est un décor déjà lointain lorsque Claude Santiago y arrive mais ce passionné de musique et de vidéo ne passe pas à côté de ce mouvement émergeant qu’est le punk. Loin de l’Angleterre des scènes se forment, sans modèles pré établis, parmi celle-ci celle de la Bay Area va être d’une puissance sans égal.

Claude Santiago va en être, animant un ancien bar chicano devenu sous son impulsion théatre d’expérimentation visuelle et sonore : le Savoy Tivoli. Il en assure la direction artistique durant la période 76-80, faisant du lieu un incontournable du mouvement aux côtés du Mabuhay Garden et du Deef Club.

En un l’abs de temps très court des groupes se forment, pour la plupart autour des 3 écoles d’Art majeures de la ville. Là est une des singularité profonde de ce mouvement, ces jeunes adultes se destinent à devenir artistes et leur démarche musicale va s’en trouver profondément impactée il en sera bien sûr de même pour les outils de communication du mouvement: Flyers, posters, video …. Cette génération bénéficie de possibilités inédites, ce que l’on nomme le DIY est rendu possible par les avancées technologiques et la baisse de leurs coûts.

Là ou la génération les précédents devait imprimer en offset ou en sérigraphie la génération punk va utiliser la Xerox, et la caméra. Là ou les Hippy s’inspiraient de l’art nouveau les punks vont s’inspirer du constructivisme. Détournant les propagandes de l’ouest et de l’est, se jouant de tout dans un cri d’espoir difficilement masqué par une attitude ou provocation et mélancolie se mêlent. En cela l’histoire leur donne raison et la déferlante réactionnaire et libérale qui va se déchainer dans les années 80 était déjà pressentie par ces jeunes en prise avec leur temps.

Il demeure une énergie qui, même si la défaite politique était déjà consommé alors, s’est transmise par des disques, des video dont Target video est le meilleur représentant, et des fanzines dont l’essentiel et mythique Search and Destroy de V. Vale. Tant d’activistes qui ne s’avoueront jamais vaincus, transmettant le souffle de la résistance jusqu’à nous. C’est cette force que cette collection de posters et de flyers nous prête à ressentir.                  Underground never dies.