Filips // vernissage de l’exposition 8 mars 2018

 

Après une entrée fracassante dans l’illustration et la bande dessinée au mi-temps des années 80 Philippe Huline, dit Filips, s’est peu à peu effacé des champs qui l’avaient fait connaître. Un véritable ovni. Tant et si bien qu’on pourrait encore se demander s’il ne s’agissait pas d’un songe, si l’on a pas rêvé cette recherche de l’Ultimate Mix.
Le recul du temps faisant ce titre raisonne comme une déclaration au monde, celle d’une quête et d’une voie dont jamais il ne s’éloignerait.
L’intégrité n’est pas un choix, elle est chemin de traverse, défi, elle est surtout recul sans être jugement. L’homme n’avait pas choisi de voir les projecteurs braqués sur lui, leur éloignement n’a aucunement affecté ses pratiques picturales tournées depuis vers la peinture.
Aux sombres aspects de l’existence Filips a trouvé son antidote, comme un dernier et immortel possible, le groove des musiques noires, fil éternel de son oeuvre.
Cette exposition est à prendre comme une plongée dans son intimité, elle est une porte ouverte et tant l’homme est rare que l’on ne saurait trop se réjouir de ce moment offert, de cette invitation à la fête et donc à l’espoir.

Rapport de Force / Orand x Picardo

À regarder les oeuvres de Mario Picardo et d’Antoine Orand on échappe guère aux concomitances. Celles-ci se cristallisent dans l’instant où nous parlons, leurs chemins se croisent bien que leurs parcours divergent, laissant caresser l’espoir d’un dialogue dont il nous semble un peu plus chaque jour qu’il s’efface sous nos pas. L’un est né dans la peinture, de celle que l’on use sans être peintre, du moins on ne le dirait pas. Rapport ouvrier revendiqué dans l’outil comme dans le geste, Mario Picardo en tire une capacité rare qui le voit pouvoir reproduire le trait sans que la main ne défaille. De la plus petite esquisse qui devient, avec l’aisance que seule la pratique octroie, une toile, sans que la grandeur du format n’en altère l’exactitude. Antoine Orand dessine, et en franchissant le pas des pinceaux c’est à sa frénésie que l’on se voit confronté. Sans peur du vide, assit sur une pratique où la part réflective est prépondérante, de l’image comme interrogation, comme malaise, comme outil analytique, comme quête. Les deux se nourrissent constamment et si leur nourriture peut sembler éloignée, si la philosophie peut sembler lointaine de l’imagerie populaire, c’est que l’on veut demeurer aveugle et sourd à la transcendance de l’époque. Mais peu encore sont ceux qui ont compris que l’objet n’importe, que c’est au regard que l’on doit prêter crédit, car seule sa force sait en toute chose déceler le vrai, cet instant du faux comme qui dirait.

Jiro Ishikawa / C’est comme ça / 11/05/2017

 

Les neufs récits de ce recueil mettent en scène le monde délirant de Jirô Ishikawa, ce monde où les buildings sont des sexes en érection tendus vers un ciel dans lequel passent des avions-bites ; où femmes, hommes et enfants sont affublés d’une tête en forme de gland ; où, dans les bains publics, les couples enfilent de drôles de perles en de drôles d’endroits ; où les filles au pair délaissent bébé et tâches ménagères pour se livrer entre elles aux actes les plus crus ; où Chinkoman, l’« homme-bite », se sert de son organe démesuré pour tenter maladroitement d’imposer sa loi phallique. Chez Jirô Ishikawa, c’est comme ça : la société grotesque, décrite avec autant d’humour que de noirceur dans ces histoires courtes, est placée sous le signe du phallus-roi, de la pulsion sexuelle, du narcissisme, de l’obsession libidineuse. C’est la société des jouisseurs, des satisfaits névrosés, c’est la société des têtes de noeud.

D’un trait élégant capable d’épouser tous les registres, du minimal géométrique au psychédélisme organique en passant par les codes du gekiga, Jirô Ishikawa, mangaka virtuose et paria, décrit ce monde tel qu’il le voit, tel qu’il le rêve ou, plus sûrement, tel qu’il le craint. Presqu’inconnu en son pays, Ishikawa est l’auteur décadent, délirant, déphasé que personne n’osait attendre.
Il est là, désormais. C’est comme ça. Il faudra compter avec lui.

No Martyr / San Francisco Punk Posters 1976-1981

NO MARTYR

SAN FRANCISCO PUNK POSTERS 1976-1981

Claude Santiago’s estate

Les rêves de tout collectionneur et chineur sont faits de ce genre d’histoire. Tant d’heures  à chercher, à tenter de comprendre, à vouloir se jouer du temps qui efface les objets et les mots, les hommes surtout. Redonner du sens à des pans oubliés, ou presque, d’un instant, d’un mouvement, d’un artiste ou d’un artisan. L’histoire ne conserve que les têtes d’affiches, mais quand est il de l’histoire des maudits, des marginaux, des utopistes ?

Avant toute chose, pour qu’il y est découverte il faut qu’il y est eu quelque part, quelqu’un.

Claude Santiago est de ceux qui toute leur vie ont été animé par l’envie de faire, d’accompagner et de documenter les choses. Quand la déflagration du mois de Mai 68 a lieu il a 19 ans. Il participe à une des principales émanations politique de cette époque les cahiers de Mai, laboratoire d’une révolution tant espérée et que l’on croit si proche. Cette révolution qui l’emmènera  s’entraîner militairement au côté du FPLP… Temps si proche et si lointain. Alors que le reflux idéologique s’opère Claude ne se replie pas sur le sectarisme idéologique, c’est au Canada qu’il poursuit sa quête de liberté puis à San-Francisco dès 1975.

San-Francisco qui est depuis dix ans le coeur occidental de cette remise en question des modèles de société de consommation et de culte du veau d’or. La ville a vu les premières envolées Hippy mené par les Diggers, les déjà vieux beatniks et autres freaks comme le veut le mot de l’époque. Dès 1967 tout ce que l’Amérique compte de personnes en rupture de ban converge vers cet épicentre de la liberté en recherche, objecteurs de conscience face à la sale guerre du Vietnam, futurs Black Panthers, partisans des droits civiques, drogués, militants révolutionnaires, simples paumés… Il fait bon être clochard dans la baie.

C’est un décor déjà lointain lorsque Claude Santiago y arrive mais ce passionné de musique et de vidéo ne passe pas à côté de ce mouvement émergeant qu’est le punk. Loin de l’Angleterre des scènes se forment, sans modèles pré établis, parmi celle-ci celle de la Bay Area va être d’une puissance sans égal.

Claude Santiago va en être, animant un ancien bar chicano devenu sous son impulsion théatre d’expérimentation visuelle et sonore : le Savoy Tivoli. Il en assure la direction artistique durant la période 76-80, faisant du lieu un incontournable du mouvement aux côtés du Mabuhay Garden et du Deef Club.

En un l’abs de temps très court des groupes se forment, pour la plupart autour des 3 écoles d’Art majeures de la ville. Là est une des singularité profonde de ce mouvement, ces jeunes adultes se destinent à devenir artistes et leur démarche musicale va s’en trouver profondément impactée il en sera bien sûr de même pour les outils de communication du mouvement: Flyers, posters, video …. Cette génération bénéficie de possibilités inédites, ce que l’on nomme le DIY est rendu possible par les avancées technologiques et la baisse de leurs coûts.

Là ou la génération les précédents devait imprimer en offset ou en sérigraphie la génération punk va utiliser la Xerox, et la caméra. Là ou les Hippy s’inspiraient de l’art nouveau les punks vont s’inspirer du constructivisme. Détournant les propagandes de l’ouest et de l’est, se jouant de tout dans un cri d’espoir difficilement masqué par une attitude ou provocation et mélancolie se mêlent. En cela l’histoire leur donne raison et la déferlante réactionnaire et libérale qui va se déchainer dans les années 80 était déjà pressentie par ces jeunes en prise avec leur temps.

Il demeure une énergie qui, même si la défaite politique était déjà consommé alors, s’est transmise par des disques, des video dont Target video est le meilleur représentant, et des fanzines dont l’essentiel et mythique Search and Destroy de V. Vale. Tant d’activistes qui ne s’avoueront jamais vaincus, transmettant le souffle de la résistance jusqu’à nous. C’est cette force que cette collection de posters et de flyers nous prête à ressentir.                  Underground never dies.